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historique

Il est difficile de déterminer avec exactitude à quelle date et en quel lieu est apparu le Taï-Chi Chuan, et à fortiori de découvrir qui en fût son inventeur. Il est probable que cet art de combat n’a pas germé spontanément dans un corps et un esprit totalement vierge d’influences. Les similitudes entre certains mouvement de SaoLim et de Taïchi Chuan démontrent que ces systèmes dérivent certainement d’une origine commune. Il paraît relativement plausible que l’approche « interne » se soit petit à petit distanciée des méthodes « externes » et qu’au fil des générations des « génies », petits ou grands, aient marqué à divers degrés le cours de cette évolution.

ECOLE CHEN
Si l’on veut s’en tenir à des sources écrites et vérifiables, le Taï-Chi Chuan en tant que tel (la première trace écrite de ce terme apparait dans un ouvrage de Chen Pinsan daté de 1919) est associé au nom de Chen Wangting, né à la fin de la dynastie Ming. Ce personnage aurait mené une carrière militaire dans les provinces du Shangdong, Zheli et Liadong avant de se retirer en 1644 dans le village de Chenjiagou (province du Henan). C’est à ce moment et dans ce lieu qu’il aurait mis au point et enseigné le Taï-Chi Chuan de style Chen (son patronyme). Chen Wangting aurait notamment été inspiré par l’enchaînement des « poings canon » ainsi que d’autres techniques de combat acquises durant son instruction militaire. Depuis lors, le Taï-Chi Chen fût utilisé pour l’instruction au combat des milices paysannes de Chenjiagou. Celles-ci démontrèrent à plusieurs reprises leurs efficacités en contribuant à mater des rébellions paysannes au côté du pouvoir impérial. Le style Chen est notamment caractérisé par les explosions d’énergie (appelées Fa Jin « expression du Ch’i ») qui ponctuent ses enchaînements. Le Chen a conservé un aspect plus visiblement martial que la plupart des autres écoles.

ECOLE YANG
Selon la légende, au début du 19ème siècle, l’enseignement de l’école Chen était encore réservé aux membres de la famille Chen. Yang Luchan, qui désirait profondément étudier ce style, aurait donc décidé de se faire engager comme serviteur auprès de Chen Changxing. Il aurait observé discrètement l’enseignement de celui-ci, puis s’y serait entraîné en secret. Un jour, bien évidemment, Chen Changxing le surprit, mais impressionné par les capacités de Yang Luchan, il aurait décidé, contre toute attente, de l’initier aux subtilités de son art. D’autres sources rapportent que le jeune Yang Luchan aurait été vendu comme domestique à la famille Chen et qu’il aurait alors simplement bénéficié de l’instruction martiale dispensée à la milice du village. Yang Luchan retourna ensuite dans son village natal où il enseigna le Taï-Chi Chuan sous le nom d’« art de combat souple » (Xuan Chuan) avant de se rendre à Pékin où il ouvrit une école qui acquît une excellente réputation. Sa renommée attira à Yang Luchan des élèves prestigieux, notamment des membres de la cour et des forces impériales mandchoues (dynastie des Qing). Bien qu’honoré par cette reconnaissance, Yang Luchan partageait semble-t-il les ressentiments d’une grande partie des Chinois de souche Han, qui considéraient cette dynastie comme usurpatrice. C’est cette raison qui aurait poussé le fondateur du style Yang à retirer de sa forme le travail des « Fa Jin » (explosions de puissance), pour en réserver l’exclusivité à des initiés triés sur le volet. Les connaisseurs disent du Taï-Chi Chuan qu’il est « comme une aiguille cachée dans de la ouate », or en retirer les « Fa Jin » équivaut à en retirer l’aiguille… La forme la plus connue du Taï-Chi Yang fût codifiée par Yang Cheng Fu (1883-1936). Ce dernier, d’un naturel plutôt irritable, démontra à plusieurs reprises l’efficacité dévastatrice de sa méthode, mais il participa également à la propagation à travers toute la Chine du Taï-Chi comme gymnastique de santé et de longévité... vertus dont le malheureux ne bénéficiât guère puisqu’il mourut à l’âge de 53 ans, vraisemblablement de la syphilis. Le style Yang reste aujourd’hui encore très populaire pour ses effets bénéfiques sur la santé. Ce qui explique qu’une majorité des pratiquants actuels délaissent totalement les exercices à fonction purement combative du Taï-Chi Chuan pour n’en conserver qu’une forme prophylactique.

LES AUTRES ÉCOLES
Il existe encore bien d’autres écoles telles que WU, SUN, GUO etc., allant de la grande popularité à la quasi-confidentialité. Chacune de ces écoles s’est ramifiée en une multitude de branches divergentes voire antagonistes, issues de visions propres à différents élèves de chaque Maître. Ainsi, les adeptes d’un certain style en s’écartant de leur orthodoxie se sont rapprochés (parfois sans le savoir) d’un autre style qui aura peut-être lui-même inspiré le Maître de leur Maître… Il est donc très fréquent de trouver des techniques portant le même nom mais dont les mouvements sont différents, ou alors des mouvements communs mais interprétés dans un tout autre esprit. Bref, l’écheveau est aujourd’hui passablement emmêlé, d’autant plus que les échanges sont maintenant bien plus fréquents et aisés qu’autrefois. Mais contrairement à une idée très répandue, le phénomène de l’évolution et des échanges croisés n’est ni nouveau ni forcément mauvais. Là où les mutations ont été opérées sciemment par des gens clairvoyants, il n’est pas interdit de penser que certains styles sont aujourd’hui (dans leur genre) meilleurs que jamais…